
Selon lui, les vélos électriques en fin de vie recèlent un potentiel de valorisation particulièrement élevé. Batteries, cadres, moteurs et contrôleurs constituent d’importantes ressources recyclables à revaloriser dans le respect de l’environnement. « Grâce à la combinaison d’équipements automatisés et de procédés de tri de précision, ces composants peuvent être démontés efficacement, puis transformés, après des étapes normalisées de tri, de purification, de fusion et de granulation, en matériaux recyclés répondant aux normes industrielles et réutilisables par les fabricants en amont », partage-t-il avec le Quotidien du peuple.
Cette dynamique est aujourd’hui renforcée par un signal politique fort. Récemment, la Commission nationale du développement et de la réforme (CNDR), en coordination avec plusieurs ministères, a publié le Plan d’action pour la promotion de l’utilisation des matériaux recyclés. Il s’agit du premier document de politique publique en Chine spécifiquement consacré à ce sujet, proposant une véritable « feuille de route » couvrant l’offre, l’application, la gestion de l’utilisation et la diffusion des matériaux recyclés. La promotion de ces matériaux s’inscrit pleinement dans la mise en œuvre du développement vert et de la transition écologique globale du pays.
Recycler pour mieux produire
Selon la CNDR, la Chine a déjà mis en place le plus vaste système de recyclage et de réutilisation des ressources au monde, couvrant la gamme la plus complète de matériaux. En 2024, le volume de collecte des dix principales catégories de ressources recyclables a dépassé 400 millions de tonnes. Les déchets d’acier et de papier ont fourni respectivement environ 21 % et 70 % des matières premières nécessaires à la production, jetant ainsi des bases solides pour l’extension de l’utilisation des matériaux recyclés.
De plus, la mise en œuvre approfondie des politiques de renouvellement massif des équipements et du programme national de reprise contre achat a entraîné une forte augmentation des volumes de collecte et de démontage, créant des conditions favorables à une utilisation plus efficace des ressources. Le Plan d’action prévoit, dans ce contexte, de renforcer l’approvisionnement en matériaux recyclés de haute qualité – acier, métaux non ferreux, plastiques et papier – tout en perfectionnant les systèmes de collecte et en développant la demande du marché. Il insiste également sur l’amélioration des normes, des certifications et des mécanismes d’incitation.
À l’horizon 2030, la Chine vise un système de recyclage des déchets plus abouti, avec des volumes annuels de récupération dépassant 300 millions de tonnes pour l’acier et 80 millions de tonnes pour le papier. La production annuelle de métaux non ferreux recyclés et de plastiques recyclés devrait dépasser respectivement 25 et 19,5 millions de tonnes.
Dans l’industrie, certaines entreprises ont déjà acquis une maîtrise technologique avancée. Ningbo Jintian Copper, par exemple, a construit une chaîne industrielle entièrement intégrée, couvrant la collecte, la purification et la transformation en profondeur du cuivre recyclé. Ses produits en cuivre bas carbone, certifiés par des normes internationales telles que le GRS (Global Recycled Standard), permettent de réduire jusqu’à 75 % les émissions de carbone tout en garantissant des performances équivalentes à celles des matériaux vierges. Selon Tang Xianpeng, directeur marketing, ces produits sont aujourd’hui largement utilisés dans les appareils électroniques, les équipements électriques, l’électroménager intelligent, entre autres.
Dans la province du Shaanxi, un projet de Hanzhong Zinc Industry visant à transformer les scories issues de la métallurgie du zinc en indium – un métal rare – est sur le point d’être achevé. Lancé le 30 juin 2025, et avec une superficie d’environ 0,2 ha, le projet permettra une production annuelle de 30 tonnes d’indium raffiné. Grâce à son excellente conductivité, sa résistance à la corrosion et sa grande ductilité, l’indium joue un rôle stratégique majeur dans l’aéro-spatiale, les énergies nouvelles et la défense nationale.
Dans le secteur textile, la collecte des vêtements usagés s’installe progressivement comme une nouvelle pratique sociale. Grâce à des technologies innovantes de recyclage Textile-to-Textile, des entreprises chinoises transforment désormais les déchets textiles en fibres recyclées de haute pureté et réintégrées dans les chaînes d’approvisionnement mondiales.
« Au cours de la production, nous n’ajoutons aucune substance toxique ou nocive et ne générons pas de déchets. Les faibles quantités de résidus produites sont également valorisées comme matières premières pour les peintures, et nous avons signé des contrats de long terme avec des entreprises du secteur », fait savoir Ye Xiaozhe, directeur général de l’entreprise Anhui Xindengli Environmental Protection Technology, à China Economic Times. Selon lui, l’entreprise peut recycler plus de 120 000 tonnes de textiles usagés par an et réduire les émissions de gaz à effet de serre de plus de 480 000 tonnes, ce qui équivaut à la plantation de 26 millions d’arbres.
Recyclage des voitures électriques
Dans le Plan d’action, les batteries et les voitures figurent parmi les produits prioritaires pour l’extension de l’utilisation des matériaux recyclés. Des acteurs majeurs chinois comme CATL ont déjà engagé des démarches concrètes. En janvier, lors du Forum économique mondial de Davos, un rapport soutenu par plus de 30 parties prenantes, y compris CATL, a été publié, proposant la première feuille de route mondiale pour l’économie circulaire des batteries de traction.
Selon Jiang Li, son vice-président, l’entreprise a mis en place un système circulaire couvrant l’ensemble du cycle de vie des batteries, de la recherche à la réutilisation. Les taux de récupération atteignent 99,6 % pour le nickel, le cobalt et le manganèse, et 96,5 % pour le lithium, soutenus par un réseau mondial de plus de 1 200 points de collecte.
Pour les constructeurs automobiles, l’utilisation des matériaux recyclés est devenue une question non négligeable. Selon l’Institut de recherche The Paper, les entreprises doivent, dès la phase de conception des produits, anticiper de manière globale les enjeux liés à la fin de vie et au recyclage. Des groupes chinois comme Geely Auto ont instauré des mécanismes de boucle fermée intégrant conception, usage, démontage et réutilisation, permettant une traçabilité complète et une application « véhicule à véhicule ».
Toutefois, le maillon final reste le consommateur. La perception et l’acceptation des produits recyclés et bas carbone conditionnent l’émergence d’une prime verte durable. Si le marché demeure encore prudent, l’évolution du marché de l’occasion et de la gestion du cycle de vie des véhicules contribue progressivement à faire reconnaître l’automobile comme un actif recyclable, sans compromis nécessaire sur les performances.
Comme le souligne Yao Xin, directeur adjoint de l’Institut d’innovation environnementale de Suzhou de l’Université Tsinghua, la mise en œuvre du Plan d’action ne constitue pas seulement un changement de méthode dans l’utilisation des ressources, mais une avancée concrète vers une économie plus sobre, plus sûre et plus durable.