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L’éclat d’une lumière humanitaire

2025-12-31 17:20:00 Source: La Chine au présent Auteur: LI ZHI*
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De l’action héroïque du Père Jacquinot, qui sauva 300 000 vies à Shanghai, émane une lumière dont l’éclat continue de guider le droit humanitaire et d’éclairer le chemin de l’amitié sino-française. 

Robert Jacquinot de Besange

Le 13 août 1937, la bataille de Songhu à Shanghai éclata alors que l’armée japonaise lançait une invasion générale pour submerger la Chine. C’est dans cette tourmente qu’un Français, le Père Robert Jacquinot de Besange, connu en Chine sous le nom de Rao Jiaju, accomplit un prodige : il établit dans la ville une zone de sécurité pour les réfugiés (dite « zone

Jacquinot »), mettant à l’abri près de 300 000 civils chinois. Son action humanitaire, un jalon dans l’histoire du droit international, a directement inspiré l’élaboration de la Convention (IV) de Genève. Aujourd’hui, les principes qu’il incarnait sont reconnus par 196 États parties, s’imposant comme un héritage spirituel précieux pour toute l’humanité.

À l’occasion du 80e anniversaire de la victoire de la Guerre de résistance du peuple chinois contre l’agression japonaise et de la Guerre mondiale antifasciste, ainsi que du 80e anniversaire de la fondation des Nations unies, un colloque consacré au Père Jacquinot a rassemblé, le 27 novembre dernier dans la salle Colbert de l’Assemblée nationale française, plus de 200 personnalités chinoises et françaises de divers horizons. « Le peuple chinois n’a jamais oublié celui qui a sauvé 300 000 vies en pleine détresse il y a 88 ans », a déclaré Xu Bo, initiateur du colloque et président de l’Association des Amis de Wu Jianmin. « Aujourd’hui, nous sommes ici pour faire de l’esprit de Robert Jacquinot de Besange un phare guidant la préservation de la paix mondiale. »

Un spectacle son et lumière à l’occasion du 80e anniversaire de la victoire de la Guerre de résistance du peuple chinois contre l’agression japonaise sur la Place du Souvenir de Jinyuan du Mémorial de la bataille de l’Entrepôt de Sihang de Shanghai, le 5 septembre 2025

Ancrer l’amitié dans une mémoire partagée

L’intérêt de Xu Bo pour l’action du Père Jacquinot ne doit rien au hasard. Engagé depuis longtemps dans la promotion de l’amitié populaire sino-française, il a découvert cette page d’histoire lorsqu’il rédigeait un ouvrage sur l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays. Profondément ému, il s’est dit : « En Chine, nous avons pour tradition de répondre avec générosité même à la plus infime des faveurs. Nous n’avons aucune raison de laisser son nom sombrer dans l’oubli. »

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la « zone Jacquinot » fut la seule à avoir été reconnue par tous les belligérants et à avoir véritablement assuré une protection à grande échelle aux civils. Déplorant que la grandeur d’âme du Père Jacquinot reste « sous-estimée », Xu Bo s’est promis de faire connaître « cet ami français » à un plus large public.

Lors du colloque, il a rappelé : « La Chine et la France sont toutes deux des pays vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, et également des nations victimes des atrocités commises par le Japon militariste et l’Allemagne nazie. Nous avons connu les affres de la guerre et savons combien la paix est précieuse. » Selon lui, commémorer le Père Jacquinot, c’est à la fois inciter les peuples des deux pays à se souvenir de l’histoire et à chérir la paix, et les exhorter à œuvrer de concert pour préserver les acquis de la victoire sur le fascisme et l’ordre international d’après-guerre.

Xu Bo multiplie les initiatives auprès des milieux politique et universitaire français pour partager l’histoire du Père Jacquinot. « Je leur explique qu’il ne s’agit pas simplement de revisiter le passé, mais de renouveler une promesse commune – celle de deux nations qui, ayant toutes deux enduré les affres de la Seconde Guerre mondiale, s’engagent ensemble à préserver la paix. » Ce colloque a rencontré un large écho en France : l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, le président du Groupe d’amitié France-Chine à l’Assemblée nationale, Sylvain Maillard, ainsi que d’autres personnalités politiques, y ont participé et prononcé des discours ; de nombreux historiens et artistes français ont également fait le déplacement.

« Dans ce temple politique qu’est l’Assemblée nationale française, nous avons exprimé la gratitude sincère du peuple chinois, portée depuis 88 ans », se souvient Xu Bo. Lors du colloque, M. Raffarin a souligné que « la lumière émanant de Jacquinot – celle de la moralité, de l’humanité et de l’amour – constitue précisément la force la plus rare dans le monde d’aujourd’hui ». M. Maillard a, pour sa part, reconnu que sans cette initiative, nombre de Français n’auraient sans doute jamais su que l’un des leurs avait, il y a longtemps, dans un pays lointain, accompli un tel geste héroïque. La réaction du public français sur les réseaux sociaux a été particulièrement vive : un internaute a ainsi commenté : « En secourant des civils étrangers, loin de son pays, le Père Jacquinot mérite d’être à jamais gravé dans la mémoire collective. »

Peng Hui, originaire du Hunan, retrouve la photo de son grand-père Peng Sixiang sur le mur commémoratif des anciens combattants au Musée mémorial de Shanghai Songhu, le 13 août 2025.

Perpétuer l’amitié et l’esprit humanitaire

Pour Xu Bo, promouvoir l’esprit du Père Jacquinot revêt une signification encore plus profonde : il s’agit de tracer de nouvelles voies pour faire progresser les relations sino-françaises et préserver l’ordre international.

« Le monde actuel a cruellement besoin de récits comme celui-ci. Face à la recrudescence du populisme, à la montée de courants contre la mondialisation, et à l’oubli, chez nombre de personnes, de la cruauté de la guerre et de la nécessité de préserver la paix, l’exemple de Robert Jacquinot de Besange est d’autant plus précieux. Aucun intérêt personnel ne le guidait, sauver des vies étant sa seule boussole. Grâce à sa connaissance intime de la culture chinoise et à son empathie sincère envers le peuple chinois, il est devenu un ami au-delà des frontières. » Ce grand amour, qui transcende les différences nationales, idéologiques et culturelles, constitue précisément la force spirituelle dont le monde a le plus besoin aujourd’hui.

« À l’heure actuelle, les relations sino-françaises nécessitent des liens affectifs nourris par la société civile. L’histoire du Père Jacquinot en est un exemple idéal : elle parle de bienveillance entre êtres humains, elle incarne un amour universel qui franchit les frontières. » C’est pourquoi Xu Bo a lancé l’« Initiative Plan Oasis : échanges sur la culture et la paix entre les jeunesses chinoise et française », dans l’objectif d’assurer la transmission continue de l’amitié sino-française et de l’esprit humanitaire.

« Oasis symbolise l’espoir, mais évoque aussi le dévouement désintéressé du Père Jacquinot et son engagement à sauver des vies. Je souhaite que les jeunes comprennent que la paix n’est pas une évidence : elle a été gagnée grâce au courage de personnes comme lui. » Il espère par ailleurs que cette figure emblématique, commune aux deux cultures, suscitera chez les jeunesses l’envie d’apprendre la langue de l’autre, renforçant ainsi la compréhension mutuelle.

Renouveler l’amitié par les échanges culturels

« Diplomate vétéran, j’ai étudié le français toute ma vie. Ce que j’entreprends durant ma retraite vise à ancrer plus profondément encore les racines de l’amitié sino-française », affirme Xu Bo. Il rappelle qu’il y a sept ans, à son initiative, une statue a été érigée à la gare de Lyon à Paris en hommage aux travailleurs chinois de la Première Guerre mondiale, que le président français Emmanuel Macron a qualifiés de « frères des Français ». Aujourd’hui, Xu Bo espère que l’histoire du Père Jacquinot deviendra à son tour un « nouveau symbole » des relations sino-françaises.

« Les relations entre pays, comme celles entre individus, doivent s’appuyer sur la connaissance de leurs racines communes. Quand on connaît le Père Jacquinot, quand on sait ce que les travailleurs chinois ont accompli, on apprend à chérir l’amitié d’aujourd’hui et à ressentir le devoir de préserver ensemble la paix. »

« Il y a sept ans, nous avons fait découvrir le sacrifice et le dévouement des travailleurs chinois au peuple français, qui leur a témoigné sa gratitude. Aujourd’hui, nous saluons la France en remerciant le Père Jacquinot, l’un de ses plus grands fils. » Pour Xu Bo, cette reconnaissance mutuelle, ce souvenir partagé, sont précisément ce qui confère aux relations sino-françaises leur singularité. « Dans le contexte international actuel, marqué par une instabilité croissante, il est plus que jamais essentiel de préserver ces mémoires et ces émotions communes. »

« Les relations sino-françaises ne sont pas un concept abstrait : elles sont tissées d’histoires profondément humaines », ajoute Xu Bo en évoquant le Mouvement Travail-Études de jeunes Chinois à Montargis et la collaboration fructueuse autour de l’adaptation cinématographique du roman chinois Le Totem du loup. « Ces récits, qui traversent le temps et l’espace, tissent l’amitié entre nos deux peuples. »

Enfin, Xu Bo conclut : « La Chine et la France sont toutes deux de grandes puissances responsables, partageant le devoir commun de défendre le droit international et le droit international humanitaire. » Il souhaite que davantage de Français, responsables politiques ou citoyens, puissent (re)découvrir l’histoire du Père Jacquinot, mieux comprendre l’attachement des Chinois à la paix et, avec eux, œuvrer main dans la main pour la paix mondiale.

 

*LI ZHI est journaliste à China.org.cn.

 

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