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Priorités planifiées

2026-03-31 15:28:00 Source: La Chine au présent Auteur: DAVID GOSSET*
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Les Deux Sessions éclairent la manière dont le leadership chinois entend traduire sa vision stratégique à long terme en actions politiques concrètes. 

Des ambassadeurs en poste en Chine prennent connaissance du Rapport d’activité du Comité permanent de l’APN, lors de la deuxième réunion plénière de la quatrième session de la 14e APN au Grand Palais du peuple à Beijing, le 9 mars 2026. (PHOTO : YU JIE)

Chaque année, l’attention du monde se tourne vers la Chine à l’occasion des Deux Sessions – les réunions annuelles de l’Assemblée populaire nationale (APN) et du Comité national de la Conférence consultative politique du peuple chinois (CCPPC). En 2026, ces rendez-vous se sont inscrits dans un moment charnière : ils ont inauguré le 15e Plan quinquennal (2026-2030) et fixé le cap politique en amont du XXIe Congrès du Parti communiste chinois prévu en 2027.

Dans un monde façonné par l’accélération technologique, les tensions géopolitiques et la fragmentation économique, les décisions prises à Beijing en mars 2026 auront des répercussions bien au-delà des frontières chinoises.

L’APN, organe suprême du pouvoir d’État, est chargée de la législation, de l’approbation des grandes orientations politiques, de l’examen du budget national et de la nomination des hauts dirigeants de l’État.

En réunissant des représentants de partis politiques, d’organisations de masse, de groupes ethniques et de secteurs clés de la société, la CCPPC favorise le dialogue, la recherche de consensus et la délibération politique, sans toutefois disposer de pouvoirs législatifs.

Les Deux Sessions de 2026 se sont déroulées dans un environnement externe exigeant. L’économie mondiale traverse une transformation structurelle profonde, propulsée par l’essor de l’intelligence artificielle, des technologies vertes, des infrastructures numériques et de la fabrication avancée. Parallèlement, l’exacerbation de la concurrence stratégique, la reconfiguration des chaînes d’approvisionnement et le « découplage » technologique redessinent en profondeur les relations économiques internationales.

Un robot panda interagit avec un visiteur étranger au cours du Salon mondial des appareils électroménagers et de l’électronique 2026 (AWE 2026) à Shanghai, le 12 mars 2026.

Dans ce contexte marqué par des mutations technologiques rapides, la marge d’erreur est limitée. Une erreur de calcul politique peut avoir des conséquences durables, notamment en matière d’écosystèmes d’innovation, de modernisation industrielle, de transition énergétique ou d’adaptation démographique. Pour la Chine, qui ambitionne de grimper dans la chaîne de valeur mondiale tout en préservant sa stabilité sociale et sa résilience économique, la cohérence stratégique n’est pas une option, mais une nécessité. En 2025, son PIB a progressé de 5 % pour franchir la barre des 20 000 milliards de dollars – un chiffre équivalent à la somme des économies de l’Allemagne, du Japon, de l’Inde, du Royaume-Uni et de l’Italie.

Au cœur des enjeux de 2026 figure le lancement du 15e Plan quinquennal. Véritable clef de voûte du modèle de gouvernance chinois, cet instrument définit les orientations à moyen terme tout en ménageant une souplesse d’ajustement et une différenciation régionale.

Son importance dépasse largement la simple dimension économique. Il sert de cadre unificateur, alignant les priorités nationales sur leur mise en œuvre provinciale, coordonnant les attentes des secteurs public et privé, et offrant à la société tout entière une feuille de route commune. En ces temps d’incertitude et de transition, une telle cohésion constitue un avantage stratégique majeur.

La modernisation est le fil conducteur de ce processus de planification. Le leadership chinois a maintes fois souligné que la modernisation ne se juge pas uniquement au taux de croissance, mais à la qualité, à la durabilité et à l’équilibre du développement.

Le nouveau plan approfondit les engagements en faveur d’un développement de haute qualité, d’une autonomie technologique, d’une transformation verte et de systèmes de protection sociale renforcés, tout en relevant les défis liés au vieillissement, aux contraintes de productivité et aux disparités régionales.

Wang Guodong (d.), député à l’APN, présente les progrès dans la préservation de la biodiversité du district autonome Tu de Huzhu (Qinghai), à l’occasion d’une délibération de la délégation du Qinghai lors de la quatrième session de la 14e APN, le 6 mars 2026. (PHOTO : YU JIE)

Plusieurs grandes orientations du 15e Plan quinquennal se sont dessinées avec clarté.

Premièrement, l’innovation reste centrale. Les sciences et technologies sont considérées non seulement comme des moteurs de croissance, mais aussi comme des piliers de la sécurité nationale et de la compétitivité à long terme. Les investissements dans la recherche fondamentale, la formation des talents et les industries émergentes stratégiques vont croissant.

Deuxièmement, la résilience économique est mise en avant. Cela passe par la stimulation de la demande intérieure – l’un des enjeux les plus cruciaux des prochaines années –, le renforcement de la sécurité des chaînes d’approvisionnement et une gestion subtile de l’équilibre entre ouverture et prévention des risques. La construction d’un « système industriel moderne » occupe d’ores et déjà une place prépondérante.

Troisièmement, le développement vert et bas-carbone continue de guider les choix politiques. Les engagements climatiques et les impératifs environnementaux font de la transition énergétique, de l’efficacité des ressources et de la protection des écosystèmes des composantes indispensables du plan.

Quatrièmement, la cohésion sociale reste une préoccupation majeure, particulièrement dans un pays qui compte 1,4 milliard d’habitants. La stabilité de l’emploi, la répartition des revenus, les services publics et l’adaptation démographique sont essentiels pour assurer un développement durable et préserver l’harmonie sociale.

Les priorités énoncées lors des Deux Sessions éclairent la manière dont le leadership chinois entend traduire sa vision stratégique à long terme en actions politiques concrètes, tout en préservant la continuité du système et en s’adaptant aux évolutions nationales et internationales.

Le cadre de gouvernance chinois accorde une importance primordiale aux objectifs à long terme. Les cibles fixées pour 2035 et au-delà – notamment la réalisation de la modernisation socialiste, l’obtention d’un leadership mondial en innovation et l’amélioration significative du niveau de vie de la population – servent de repères incontournables pour la planification à moyen terme.

En ce sens, 2026 est une année charnière. Elle relie la conclusion du 14e Plan quinquennal (2021-2025) et l’horizon plus lointain des objectifs du milieu du siècle. Les décisions prises à ce moment façonneront la trajectoire de développement de la Chine pour les années à venir.

C’est pourquoi l’attention mondiale a été braquée sur Beijing début mars. Investisseurs, décideurs politiques, universitaires et gouvernements ont scruté de près les Deux Sessions pour détecter des signaux sur l’orientation économique de la Chine, sa stratégie face à la compétition technologique et sa vision de la modernisation dans un monde en pleine mutation.

Plus qu’un rituel politique annuel, les Deux Sessions de 2026 ont ouvert un nouveau cycle stratégique où la Chine entend naviguer dans l’incertitude grâce à une discipline de planification, une cohésion institutionnelle et une vision à long terme.

 

(L’article original a été publié dans China Daily, China Watch.)

*DAVID GOSSET est spécialiste français des relations internationales, sinologue, et fondateur de l’Initiative mondiale Chine-Europe-Amérique (China-Europe-America Global Initiative).

 

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