Jingshan a transformé son passé minier en un modèle écologique et économique durable centré sur le thé et le zéro carbone.
Vue panoramique du village de Jingshan
En flânant dans le village de Jingshan, on voit partout l’image du « petit planteur de thé » coiffé d’un chapeau conique et portant un panier à thé. Il s’agit de Jing Ling Zi, le porte-parole culturel et touristique du village, dont le nom provient de Lu Yu, le saint patron du thé, aussi surnommé Jing Ling Zi. Elle symbolise la transmission et la préservation de la culture millénaire du thé.
La culture du thé dans ce village de la banlieue ouest de Yuhang, un arrondissement de la ville de Hangzhou (Zhejiang), remonte à la dynastie des Tang (618-907), il y a plus de 1 200 ans. En avril de cette année, grâce à son modèle caractéristique combinant « thé et bambou + tourisme de loisirs », le village a été retenu comme l’un des premiers projets pilotes nationaux du programme « Villages et bourgs zéro carbone » en Chine, une initiative visant à transformer la valeur écologique en valeur économique.
Une transformation vers des montagnes verdoyantes et des eaux limpides
« C’est notre capital vert ! » déclare Yu Ronghua, secrétaire de la cellule du Parti pour le village et chef du Comité des villageois, en désignant l’étendue infinie de verdure devant lui. Et d’expliquer que la forêt de bambous géants du village de Jingshan stocke plus de dix mille tonnes de carbone, que la biodiversité y est riche, et que la concentration en ions négatifs dans l’air atteint 30 000 par centimètre cube.
Ce village, aujourd’hui agréable et écologique, offrait un tout autre spectacle il y a plus de vingt ans. Il connaissait en effet des difficultés à cause de l’exploitation minière. À l’époque, une carrière avait meurtri des montagnes environnantes sur une superficie de plus de 6 ha. Plus grave encore, les explosions pour l’extraction projetaient fréquemment des résidus qui endommageaient les maisons aux alentours. La destruction écologique et les risques pour la sécurité constituaient alors des problèmes majeurs.
Le tournant est survenu à l’été 2005. Le 15 août de cette année-là, Xi Jinping, alors secrétaire du Comité du Parti communiste chinois pour le Zhejiang, a pour la première fois proposé le concept selon lequel « des eaux limpides et des montagnes verdoyantes valent de l’or et de l’argent ». Cette idée, selon laquelle « la nature vaut son pesant d’or », a tracé une nouvelle voie de développement pour Jingshan, qui a pris la ferme décision de fermer la carrière et de se consacrer entièrement à la restauration écologique. La zone réhabilitée s’est transformée en une vaste étendue de forêts de bambous et de plantations de thé, formant un écosystème humide harmonieux. Ce système restauré est devenu non seulement un magnifique paysage, mais aussi une énorme « éponge à carbone », avec une absorption annuelle de carbone par la végétation dépassant 12 000 tonnes et des émissions nettes de carbone négatives de 7 938,79 tonnes.
En se promenant sur le sentier de montagne menant au temple millénaire de Jingshan, on peut sentir un parfum de thé. La saison venue, les cueilleurs de thé parsèment les plantations. Dans ces montagnes soigneusement protégées, des animaux protégés au niveau national, comme le muntjac noir et le faisan à gorge blanche à longue queue, ainsi que plus de 580 espèces rares de flore et de faune sauvages, y trouvent refuge. Le retour de ces espèces rares témoigne de manière convaincante de l’amélioration continue de l’environnement local.
La confection du fouet à thé par Chen Jinxin
La prospérité par le thé
« Il suffit de scanner le QR code sur la boîte d’emballage du thé pour accéder à un rapport d’évaluation de l’empreinte carbone », explique M. Yu, présentant ainsi la première « étiquette carbone » nationale appliquée au thé de Jingshan. Ce rapport détaille clairement les émissions de carbone sur l’ensemble du cycle de vie de chaque lot de thé de Jingshan, ainsi que ses informations de traçabilité.
Dans l’atelier de prospérité partagée « La fée du thé », deux animateurs sont assis dans le studio de diffusion en direct, présentant le développement du thé de Jingshan et la culture millénaire du thé, tout en faisant la promotion auprès des internautes des différents produits de la chaîne industrielle du thé.
« Nous voulons intégrer le thé le plus caractéristique de Jingshan dans la vie moderne », dit Chen Yueyan, originaire du village et responsable produit au centre d’accueil des visiteurs du village. À Jingshan, presque chaque foyer est lié au thé. Le village compte six grandes entreprises de thé, avec une production annuelle de plus de 30 tonnes, d’une valeur de plus de 60 millions de yuans.
Mme Chen maîtrise la technique du poudrage du thé, populaire sous la dynastie des Song (960-1279). La démonstration de cette technique rappelle une scène qui a été immortalisée dans la série télévisée Rêve de splendeur. On place la poudre de thé dans un bol à glaçure noire, puis on la fouette rapidement jusqu’à ce qu’une mousse blanche dense apparaisse et persiste longtemps. La reconstitution de l’ancienne méthode de poudrage du thé de la dynastie des Song, la restauration des rites des banquets du thé de cette époque, ainsi que la création d’une expérience immersive de la cérémonie du thé sont devenues des attractions phares de Jingshan.
Chen Jinxin est héritier de l’artisanat de fabrication du fouet à thé, un autre savoir-faire ancestral. Sa famille, spécialiste du tressage du bambou depuis des générations, travaille depuis plus de dix ans à la confection de ces fouets. M. Chen s’agenouille devant une table en bois et sépare minutieusement chaque brin de bambou courbé, torsadant les brins intérieurs en forme de fleur. Pour lui, chaque fouet à thé n’est pas seulement un ustensile, mais une œuvre d’art. Cette persévérance au bout des doigts incarne le patrimoine culturel immatériel et donne du travail à plus de 30 personnes du village. Aujourd’hui, les fouets à thé de la famille Chen sont exportés en Asie, en Europe, en Amérique et en Asie du Sud-Est, les ventes annuelles pouvant atteindre cent mille pièces.
Technique du poudrage du thé
La numérisation au service du village
La vitalité croissante de Jingshan attire de plus en plus de jeunes qui veulent entreprendre dans leur village natal. Ma Kuan, diplômé de l’Université de Newcastle en Australie (campus de Singapour), en fait partie. En 2019, voyant le potentiel de l’industrie du thé locale, il est retourné chez lui pour se consacrer au développement intégré du thé et du tourisme culturel. Après avoir repris la marque Wufengshan fondée par son père, il a effectué des recherches sur la culture du thé de Jingshan et créé un projet culturel et touristique intégrant restauration, hébergement, tourisme, divertissement et shopping.
Parallèlement, douze maisons inutilisées du village ont été transformées en ateliers thématiques spécialisés, notamment ceux de fabrication de fouets à thé et de produits alimentaires à base de thé. Ces espaces sont tous équipés de systèmes de surveillance de la consommation énergétique, intégrant ainsi le concept de « zéro déchet » et de réduction des émissions de carbone dans les moindres détails de la vie rurale.
Les arrêts de bus de Jingshan sont ultra modernes. L’énergie photovoltaïque alimente en continu les écrans LED, les caméras, les panneaux lumineux et les bornes de recharge pour téléphones. En se promenant le long de la voie verte de Hongxi, on croise partout des équipements intelligents tels que des lampadaires solaires et des bancs photovoltaïques. Les données de ces dispositifs à faible émission de carbone sont toutes centralisées dans le tableau de bord numérique, avec une réduction annuelle des émissions de carbone de plus de 208 kg.
« Le village devient de plus en plus beau, l’air de plus en plus frais, et le nombre de visiteurs de plus en plus important. Beaucoup veulent entrer dans la peau d’un producteur de thé d’un jour ! » En évoquant l’avenir, Yu Ronghua affiche une grande confiance. « Nous sommes convaincus que le temps apportera la réponse. Les eaux limpides et les montagnes verdoyantes valent leur pesant d’or et le village zéro carbone est le village du futur. »