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Quand la danse se fait thérapie

2025-12-04 15:18:00 Source: La Chine au présent Auteur: JI JING*
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La Chine lance son premier cursus universitaire dédié à la danse-thérapie. 

Des étudiantes de l’Académie de danse de Beijing avec des enfants autistes lors de l’inauguration d’une base d’enseignement de danse-thérapie à Beijing, le 8 mai 2025 

À l’Université normale de Nanjing pour l’éducation spécialisée (NNUSE), un cours commence par une question simple posée par Liu Shanshan, directrice du Bureau de l’enseignement et de la recherche en danse-thérapie : « Pouvez-vous décrire, en un mot ou une phrase, votre état physique et mental du moment ? » Puis, sous sa conduite, les étudiants laissent leurs corps se détendre à travers une série de mouvements doux.

La danse-thérapie figure parmi les 29 filières ajoutées en avril dernier au catalogue des licences du ministère chinois de l’Éducation. La NNUSE est la première université à ouvrir ce programme, qui accueille aujourd’hui sa première promotion.

Apparue en Europe et aux États-Unis dans les années 1940, la danse-thérapie a d’abord servi à la rééducation des anciens combattants, notamment ceux souffrant de schizophrénie. La discipline est introduite en Chine dans les années 1990, s’intégrant aux autres formes de thérapie par les arts expressifs, telles que la musicothérapie ou l’art-thérapie picturale.

Remodeler corps et esprit

La danse-thérapie diffère profondément de la danse traditionnelle.

Zhang Qiang, doyen de la Faculté de musique et de danse de la NNUSE, souligne qu’elle ne recherche ni grâce ni uniformité, mais aide, grâce à un accompagnement scientifique, à exprimer des émotions difficiles à verbaliser, et à rééquilibrer corps et esprit.

Alliant psychologie, danse, médecine et rééducation, la discipline utilise le mouvement pour réguler les états psychologiques, améliorer le bien-être émotionnel, renforcer les compétences sociales, libérer les tensions et amorcer la réparation des traumatismes. Elle s’adresse notamment aux enfants autistes, aux patients atteints d’Alzheimer, et aux personnes souffrant d’anxiété sociale ou de détresse émotionnelle.

Mme Liu distingue deux usages : le « traitement », qui s’adresse aux personnes présentant un diagnostic comme l’autisme ou la paralysie cérébrale, et la « guérison », qui vise celles éprouvant une fatigue émotionnelle durable. Dans les deux cas, la danse constitue un moyen efficace de relâcher la pression.

Les effets sont tangibles. En classe, les étudiants qui évaluent leur bien-être à 3–4/10 en début de séance atteignent souvent 8–9/10 après les exercices. « Du début à la fin du semestre, ils perçoivent nettement les changements positifs dans leur corps et leur esprit », observe Mme Liu.

« En tant qu’étudiants, nous nous sentons souvent anxieux, mais le cours de Mme Liu nous aide à nous détendre », confie Hu Chengyu, étudiant à la NNUSE. « Les jeunes d’aujourd’hui subissent une forte pression mentale et, personnellement, je trouve la danse-thérapie très efficace pour l’atténuer. »

Le cursus de danse-thérapie de la NNUSE repose sur des bases solides. M. Zhang rappelle que l’établissement possède plus de 40 ans d’expertise dans l’éducation spécialisée et a commencé à proposer des cours de guérison par la danse il y a plus de dix ans.

Au fil des années de pratique, les enseignants ont été témoins de transformations marquantes : des adolescents autistes s’ouvrant grâce au mouvement rythmique, ou encore des patients parkinsoniens retrouvant une meilleure aisance dans la marche.

Ce programme d’études combine la psychologie — psychologie générale et psychologie anormale —, la danse moderne, qui met l’accent sur l’expression, la liberté et l’individualité du mouvement, ainsi que l’analyse du mouvement selon Laban (LMA), un élément central du cursus. Élaborée au début du XXe siècle par l’artiste et théoricien hongrois Rudolf Laban, la LMA permet de décrire, visualiser, interpréter et documenter l’ensemble des mouvements humains.

Au premier semestre de leur dernière année, les étudiants effectueront des stages dans des établissements médicaux, des centres de rééducation, des écoles d’éducation spécialisée et des structures communautaires pour personnes âgées.

« Bien que la danse-thérapie soit un domaine émergent en Chine, elle possède un fort potentiel d’application et des perspectives de développement prometteuses, portées par l’augmentation de la pression sociale, la prise de conscience croissante de la santé mentale et les progrès de l’éducation spécialisée », estime Mme Liu.

Potentiel immense… mais défis réels

Selon M. Zhang, les débouchés sont nombreux. Il précise que les diplômés peuvent travailler dans la rééducation médicale, participer au traitement des maladies psychosomatiques dans les hôpitaux généraux ou apporter un soutien thérapeutique complémentaire pour l’anxiété et le stress post-traumatique dans les hôpitaux psychiatriques ou neurologiques. Dans le domaine de l’éducation, ils peuvent accompagner des enfants autistes dans le développement de leurs compétences sociales dans les écoles spécialisées, ou concevoir des cours de gestion des émotions pour les écoles primaires et secondaires afin de soutenir le bien-être psychologique des élèves. Les diplômés peuvent également travailler dans les établissements pour personnes âgées pour contribuer à ralentir le déclin cognitif, élaborer des programmes de réduction du stress pour les employés soumis à de fortes pressions professionnelles, ou devenir thérapeutes indépendants.

Cependant, malgré son potentiel, la danse-thérapie fait encore face à plusieurs défis. Li Jing, enseignante spécialisée dans l’art-thérapie à l’Université de médecine traditionnelle chinoise de Guangzhou, explique au magazine Yicai que l’absence d’un système officiel de certification professionnelle montre que la danse-thérapie en Chine en est encore à ses débuts. L’offre en thérapeutes qualifiés est très loin de répondre à la demande, ce qui se traduit par une concurrence limitée et une faible attractivité du secteur pour les nouveaux talents.

Pour y remédier, Mme Li estime nécessaire d’intégrer les danse-thérapeutes aux systèmes de santé et d’éducation, de créer des postes dédiés au lieu de les confier à des enseignants de danse ou à des professionnels de la rééducation à temps partiel, et d’établir des parcours de carrière clairement définis.

 

*JI JING est journaliste à Beijing Information.

 

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