
Visite de députées de l’Assemblée populaire municipale dans une base de culture de fraises du village de Wuxing à Dexing (Jiangxi) pour s’enquérir des conditions de production des cultivateurs, le 25 décembre 2025
Pendant que l’agression américano-israélienne embrase le Moyen-Orient et sature l’actualité, la Chine poursuit méthodiquement son processus de gouvernance à long terme. Le 4 mars, les Deux Sessions se sont ouvertes. Ce rendez-vous est crucial car il entérine le lancement du 15e Plan quinquennal (2026-2030).
Ces sessions sont scrutées par les dirigeants et les décideurs mondiaux. Elles définissent les orientations de la Chine, puissance majeure dont la croissance économique et le marché de 1,4 milliard d’habitants sont des moteurs mondiaux. Le pays a réalisé des progrès historiques dans la réduction de la pauvreté, atteignant un niveau de vie qui a rattrapé, en termes de pouvoir d’achat, celui des pays occidentaux. Surtout, la Chine s’efforce de réduire les inégalités et la précarité par rapport à ces mêmes pays.
Les Deux Sessions sont un exemple de gouvernance démocratique pour le reste du monde. Les décisions qui y sont prises ne sont pas, comme dans les démocraties multipartites, le fruit de longues confrontations d’opinions entre des partis dont le but est d’affirmer leur influence ou de conserver le pouvoir. Cette problématique n’est pas celle du Parti communiste chinois (PCC), qui n’a de compte à rendre que devant le peuple. Les décisions adoptées sont le fruit de l’expérience et de l’expérimentation suivant le principe selon lequel « le critère de la Vérité, c’est l’épreuve des faits », et non pas l’idéologie ni la lutte pour la conquête du pouvoir au profit d’élites dirigeantes politiques et financières souvent étrangères au pays, contre le peuple.
Mécanismes et caractéristiques de la démocratie populaire à processus complet
Le gouvernement chinois, à travers le modèle de gouvernance de la démocratie populaire à processus complet, démontre sa capacité à assurer un alignement efficace entre les objectifs de développement à long terme et les besoins immédiats de la population grâce à une approche intégrée et participative.
Préalablement à l’élaboration des politiques, le gouvernement consulte divers acteurs – experts, représentants industriels, organisations de la société civile et citoyens ordinaires – pour recueillir des avis diversifiés garantissant que les décisions reflètent les aspirations de la population. Les citoyens sont encouragés à apporter leur contribution à travers les assemblées populaires, les consultations politiques et les plateformes numériques. Une fois les politiques mises en œuvre, des mécanismes de retour d’information évaluent leur impact et permettent des ajustements rapides pour corriger d’éventuelles lacunes. Enfin, l’élaboration des plans quinquennaux et des stratégies à long terme s’effectue dans la transparence et la responsabilité, permettant de concilier satisfaction immédiate de la population et croissance durable et harmonieuse.
Cette démocratie à processus complet, pilier de la démocratie socialiste chinoise, s’inscrit dans l’action du PCC au service du peuple. Elle se définit par trois caractéristiques fondamentales. D’abord, elle est « la plus large » dans le sens où tous les domaines des affaires de l’État et de la société sont ouverts à la participation populaire. Ensuite, elle est « la plus authentique », car sous la direction du PCC, les droits et les intérêts légitimes du peuple sont protégés, et le peuple peut s’exprimer par divers canaux à l’encontre des décisions contraires à ses intérêts. Enfin, elle est « la plus efficace », comme en témoigne le développement rapide et stable de la Chine, porté par la fluidité de la prise de décision, de sa mise en œuvre et de son contrôle.
Différences entre les démocraties occidentale et chinoise
Il est pertinent d’invoquer l’histoire en remontant à une divergence en philosophie politique apparue aux deux extrémités du continent eurasiatique vers l’Antiquité, dès le Ve siècle avant Jésus-Christ. Cette rupture répondait à des situations de conflits similaires : les guerres entre cités grecques en Occident et l’époque des Royaumes combattants en Chine. Les deux régions devaient répondre à un impératif de survie militaire et définir une efficacité administrative garantissant la paix sociale et la stabilité.
En Chine, un penseur comme Xun Zi affirmait que « la nature humaine est mauvaise », ouvrant la porte au légisme. Han Fei Zi, son disciple, concluait qu’il fallait « gouverner par la loi, non par la vertu ». Le légisme a ainsi été adopté lors de l’unification de la Chine sous les Qin, puis complété plus tard par le confucianisme. Ces deux philosophies imprègnent encore aujourd’hui la gouvernance de la Chine, y compris dans la démocratie socialiste.
En Occident, Aristote définissait l’homme comme un « animal politique » porté à vivre en société. Socrate et Platon pensaient que l’éducation pouvait rendre les citoyens vertueux. C’est ainsi que la démocratie représentative est née dans les cités grecques, bien qu’elle ait exclu les femmes, les esclaves et les « métèques » (individus résidant dans la cité mais venus d’ailleurs). Si les monarchies de droit divin se sont ensuite développées avec l’appui du christianisme, il faut noter que jusqu’aux Lumières – période où Voltaire et Leibniz soulignaient l’influence de la Chine – les élites occidentales étaient héréditaires, alors que la Chine pratiquait déjà la méritocratie via les examens impériaux.
Aujourd’hui, bien que les républiques et les monarchies constitutionnelles se soient généralisées en Occident, elles reposent toujours sur le multipartisme. Le problème « consubstantiel » à ce système est que la désignation des décideurs est liée à leur élection, donc à la satisfaction qu’ils donnent à leurs électeurs propres, à ceux qui soutiennent financièrement leur campagne électorale. Plus grave encore, des intérêts financiers non élus font et défont les gouvernements, rendant parfois les pays ingouvernables.
Au nom de la liberté et du marché, voire de règles communes d’intégration dans un ensemble multinational, il n’est plus possible pour les pays européens de projeter l’avenir par un système de plan quinquennal, pourtant efficace après la Seconde Guerre mondiale.
Ces carences mettent en lumière les avantages incontestables de la démocratie chinoise en termes de stabilité et de planification à long terme. Historiquement, la Chine a enrichi les commerçants occidentaux jusqu’aux Guerres de l’Opium. Depuis la politique de réforme et d’ouverture (1978), les produits chinois ont offert du pouvoir d’achat aux classes populaires mondiales. Les droits de douane actuels sont une façon de capter ce petit avantage au détriment des classes défavorisées sans pour autant leur donner du travail.
Dans le système chinois, le mécanisme de prise de décision est scientifique, démocratique et rapide, loin des combats idéologiques partisans. Sous la direction du PCC, les intérêts de toutes les parties sont pris en compte afin de réaliser un développement rapide et à long terme dans le cadre de l’État de droit.
Les ressources du pays ne sont pas gaspillées en prébendes électorales, mais concentrées pour améliorer la qualité de vie du peuple. Depuis plusieurs années, j’affirme que la Chine n’est plus seulement l’« atelier du monde », mais qu’elle est également devenue un véritable « laboratoire des idées pour le monde ». C’est pourquoi je souhaite que la coopération entre la Chine et les autres pays privilégie désormais le domaine de la gouvernance. N’oublions pas que le premier Siècle des Lumières s’était déjà inspiré du modèle chinois.
*JEAN PÉGOURET est sinologue et géopolitologue français, président de Saphir Eurasia Promotion.