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Industries du futur : le pari chinois

2026-03-11 15:04:00 Source: La Chine au présent Auteur: JOSEF GREGORY MAHONEY*
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Entre forces industrielles et défis technologiques, la Chine construit un écosystème d’avenir ouvert à la coopération mondiale. 

(PHOTO : Xinhua)

Le 15e Plan quinquennal (2026-2030) de la Chine marque un tournant stratégique en délaissant la simple quête de croissance au profit de la construction d’écosystèmes autonomes et technologiquement souverains. L’accent est désormais mis sur le développement des « industries du futur », piliers du renouveau national et vecteur de coopération mondiale.

Selon le ministère chinois de l’Industrie et des Technologies de l’information (MITI), le cadre national pour le développement des industries du futur s’articule autour de neuf secteurs clés : le secteur de la « fabrication » comprend les robots humanoïdes, la bionique intelligente et l’impression 3D ; le secteur de l’« information » inclut les technologies quantiques, la 6G et les interfaces cerveau-machine ; le secteur des « matériaux » englobe les métamatériaux, les matériaux intelligents et les nanomatériaux haute performance ; le secteur de l’« énergie » comprend la fusion nucléaire, l’énergie hydrogène et les batteries à l’état solide ; le secteur de l’« espace » regroupe l’aérospatiale commerciale, l’internet par satellite et l’exploration de l’espace lointain ; le secteur de la « santé » inclut la thérapie génique, la biologie synthétique et la médecine régénérative ; le secteur de l’« environnement » comprend la capture et le stockage du carbone ainsi que l’ingénierie climatique ; le secteur de l’« intelligence » comprend l’intelligence artificielle (IA) générale et l’IA incarnée ; et le secteur interdisciplinaire de pointe englobe des domaines dynamiques comme le métavers.

Nous examinerons les forces et les défis de cette approche, la façon dont la Chine s’efforce de relever divers défis pour réaliser ses stratégies de développement national, et les opportunités que ces efforts offrent aux partenaires internationaux et à la coopération mondiale.

Forces et enjeux de l’approche chinoise des industries du futur

L’approche des industries du futur présente des atouts majeurs, mais fait aussi face à d’importants défis structurels.

Le principal avantage de la Chine ne réside pas uniquement dans ses percées technologiques, mais dans la cohérence et la profondeur de son écosystème industriel. Sa capacité à compresser les cycles entre conception, prototypage et déploiement massif crée un effet d’entraînement, ou « flywheel », unique au monde. Cette densité industrielle, couplée à une concentration de fournisseurs et à des boucles de rétroaction directes entre producteurs et utilisateurs, transforme la modernisation industrielle en un processus cumulatif. Cette synergie est flagrante dans les énergies renouvelables et désormais l’IA, où la force de la Chine en fabrication matérielle constitue une base unique pour l’IA incarnée et la robotique.

L’approche chinoise privilégie également l’intégration rapide des technologies dans les flux de travail réels. Concernant l’IA, par exemple, l’effort ne porte plus seulement sur la course aux modèles de pointe, mais sur la création de plateformes évolutives et le déploiement d’agents IA dans la fabrication, la logistique et la création de contenu. Parallèlement, l’essor de modèles tels que le « Robotic as a service » (RaaS) démocratise l’accès à ces outils, positionnant déjà la Chine en tête des prévisions d’installations de robots humanoïdes. Cette approche pragmatique axée sur l’application et la monétisation crée un cycle vertueux d’investissement et de génération de données réelles.

Malgré ces atouts, la Chine fait face à plusieurs défis majeurs. Le premier est d’ordre structurel : un déséquilibre entre une capacité de production robuste et une demande intérieure qui reste à consolider. Le 15e Plan quinquennal promeut activement des réformes pour stimuler la consommation interne, mais les marchés d’exportation continuent de jouer un rôle régulateur essentiel, avec des incidences sur les relations commerciales.

Par ailleurs, l’évolution et les restrictions de l’environnement technologique extérieur contraignent également la stratégie de développement, particulièrement dans le secteur des hautes technologies. Si des progrès significatifs ont été accomplis, des marges de progression subsistent dans des domaines ciblés tels que les semi-conducteurs avancés, les logiciels EDA et les matériaux spécialisés – précisément les segments visés par certaines mesures de contrôle à l’exportation.

À ces freins s’ajoutent des obstacles liés à la qualité des données et aux lacunes en matière de standardisation. Par exemple, dans des domaines gourmands en données comme l’IA et la fabrication intelligente, l’écart entre la captation de données brutes et la création de jeux de données industrielles exploitables reste un goulot d’étranglement majeur. Parallèlement, la construction de normes unifiées et de mécanismes intersectoriels de partage des données exige une coordination institutionnelle complexe qui dépasse le simple cadre de l’investissement financier.

Enfin, bien que le soutien politique soit robuste, le passage de la recherche fondamentale à la viabilité commerciale – la fameuse « vallée de la mort » – est périlleux. Les propositions pour des « entreprises-laboratoires » (entités hybrides de R&D) visent à combler cet écart, mais le succès n’est pas garanti. Cette transition vers la discipline du marché sera douloureuse mais nécessaire.

Solutions aux caractéristiques chinoises

Nous examinerons ici les tactiques pour relever les défis spécifiques aux secteurs des semi-conducteurs et de la biomédecine.

Dans le secteur des semi-conducteurs, les solutions politiques visent à pallier la fragmentation et les restrictions technologiques externes par une coordination au niveau national et une réorientation stratégique. L’ambition de bâtir un « ASML chinois » pousse les principaux leaders industriels à réclamer une initiative d’envergure unifiant les ressources des entreprises et des instituts de recherche. L’objectif est de créer un « champion intégrateur » capable d’unifier les financements et les talents pour surmonter les obstacles dans la lithographie EUV, les logiciels EDA et les plaquettes de silicium avancées durant la période du 15e Plan quinquennal.

Les universitaires recommandent de passer d’un mode de « rattrapage » axé sur les technologies clés sous dépendance étrangère à une stratégie de développement « active ». Cela implique de prioriser les percées dans l’IA et les puces de calcul haute performance tout en poursuivant des voies de développement parallèles : l’optimisation des technologies silicium traditionnelles d’une part, et l’adoption de nouvelles architectures comme le packaging avancé et les écosystèmes à normes ouvertes (par exemple, RISC-V, Chiplet) d’autre part.

En attendant, la Chine renforce l’intégration de la chaîne d’approvisionnement via des structures comme le « Big Fund », qui assure la jonction entre conception, fabrication et matériaux. Cette approche dite « à double voie » vise à construire une autonomie nationale tout en élargissant la coopération technique avec les pays du Sud global via la « Route de la Soie numérique » pour créer des zones tampons hors des systèmes dominés par l’Occident.

Les politiques de biofabrication visant à combler la « vallée de la mort » mettent l’accent sur la levée des verrous techniques à la phase de pré-industrialisation, puisque plus de 90 % des réalisations de laboratoire ne parviennent pas à être commercialisées. En 2025, le MITI et la Commission nationale du développement et de la réforme (CNDR) ont lancé un programme pour créer un réseau national de centres d’essais spécialisés. L’objectif est d’établir plus de 20 plateformes d’ici 2027 pour servir plus de 200 entreprises et incuber plus de 400 produits, couvrant des secteurs allant des produits biopharmaceutiques aux composés chimiques biosourcés.

Opportunités pour la coopération mondiale

Les multinationales peuvent profiter de l’ouverture de nouveaux secteurs et s’intégrer aux chaînes d’approvisionnement matures de la Chine. Le gouvernement a annoncé des programmes pilotes élargissant l’accès au marché des télécommunications à valeur ajoutée, de la biotechnologie et des services hospitaliers étrangers. Shanghai a publié 26 nouvelles mesures pour soutenir les centres de R&D des multinationales, encourageant leur implication dans la recherche dirigée par l’État et renforçant leurs liens avec les universités locales afin d’accélérer la mise sur le marché des innovations. Les entreprises manufacturières étrangères sont spécifiquement guidées pour construire des plateformes de recherche de haut niveau pour les chaînes industrielles clés notamment dans les domaines des circuits intégrés et de l’IA.

En ce qui concerne les pays partenaires en développement, la Chine construit activement des plateformes de coopération. Par le biais du Centre d’innovation du partenariat des BRICS sur la nouvelle révolution industrielle, la Chine a lancé la bourse d’excellence « Golden Egret », qui a déjà formé 30 professionnels de 22 pays, avec un nouveau programme sur la fabrication intelligente qui sera lancé en 2026.

Trois domaines où les avantages mutuels sont les plus tangibles se distinguent. Premièrement, la Chine offre son « marché à très grande échelle » et de vastes scénarios d’application. Les secteurs nouvellement ouverts, caractérisés par une forte densité technologique, permettent aux capitaux étrangers d’introduire des normes et des pratiques internationales. Cet apport catalyse la montée en gamme de l’industrie nationale, tout en offrant des débouchés lucratifs aux prestataires de services internationaux sophistiqués.

Deuxièmement, l’efficience productive de la Chine, notamment dans les énergies renouvelables (solaire, éolien, batteries), permet à ses partenaires de fournir des technologies accessibles à l’échelle mondiale. Fournissant déjà 70 % des composants photovoltaïques mondiaux et 60 % des équipements éoliens, la Chine illustre cette synergie à travers sa coopération avec l’Amérique latine. L’alliance de l’expertise chinoise en IA avec les abondantes ressources renouvelables du Brésil ou du Chili crée des partenariats complémentaires, optimisant l’efficacité énergétique tout en offrant de vastes terrains d’expérimentation à l’innovation chinoise.

Troisièmement, la Chine ambitionne de co-créer les normes de demain plutôt que de simplement s’adapter aux règles existantes. Grâce à des initiatives telles que la « Route de la Soie numérique » et les instances des BRICS, les partenariats en gouvernance de l’IA, l’alignement des normes 6G et l’interopérabilité des infrastructures numériques représentent des opportunités pour façonner conjointement les futurs cadres technologiques. Le modèle « open source + déploiement local » des plateformes chinoises d’IA (par exemple, DeepSeek, Qwen) permet aux développeurs mondiaux de bâtir sur ces fondations tout en maintenant la sécurité des données.

 

*JOSEF GREGORY MAHONEY est professeur de politique et relations internationales et directeur du Centre pour la civilisation écologique à l’École normale supérieure de l’Est de la Chine (ECNU) à Shanghai.

 

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