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Le credo chinois de l’IA

2026-03-31 16:15:00 Source: La Chine au présent Auteur: XIA YUANYUAN, membre de la rédaction
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Servir, pas remplacer. L’IA chinoise met l’humain au centre de sa stratégie. 

Présentation d’exosquelettes au Salon mondial des appareils électroménagers et de l’électronique 2026 (AWE 2026) à Shanghai, le 12 mars 2026 

« Jusqu’où les agents d’IA peuvent-ils nous simplifier la vie ? » Cette question est devenue virale en Chine. Pendant la période des récentes Deux Sessions, cette effervescence numérique a été palpable : tandis que les citoyens se pressaient pour découvrir les dernières innovations applicatives, les réseaux sociaux s’enflammaient autour de la protection des données personnelles et de l’éthique de ces nouveaux outils.

Ce mélange d’engouement et de défiance résume à lui seul la place centrale de l’IA dans les discussions cette année. Au-delà des prouesses technologiques, une interrogation traverse alors tous les débats : dans cette marée d’algorithmes, comment garantir que la technologie reste au service de l’humain ?

Servir l’humain

Interrogé sur l’avenir de l’IA en marge de la quatrième session de la 14e Assemblée populaire nationale (APN), le 5 mars, le ministre de l’Industrie et des Technologies de l’information, Li Lecheng, a posé un principe clair : l’IA doit être un outil « utilisé par l’homme, au service de l’homme et contrôlé par l’homme ». Cette orientation « centrée sur l’humain » est devenue la clé pour décrypter la stratégie chinoise, recueillant un large consensus parmi les députés de l’APN et les membres du Comité national de la Conférence consultative politique du peuple chinois (CCPPC).

Face aux inquiétudes, les membres du Comité national de la CCPPC issus du milieu de la technologie ont souhaité déplacer le curseur : l’IA n’oppose pas l’homme à la machine, mais réinvente la valeur du travail autour de deux piliers : la libération et le service. Qi Xiangdong, membre du Comité national de la CCPPC et président du groupe de cybersécurité QAX, a souligné dans un entretien avec La Chine au présent que la technologie ne vise pas à remplacer l’humain, mais à le décharger des tâches ingrates pour lui permettre d’investir sa créativité là où il est irremplaçable.

Cette vision trouve une illustration concrète avec Zhang Yunquan, membre du Comité national de la CCPPC et chercheur à l’Institut de technologie informatique de l’Académie des sciences de Chine, qui s’est penché sur le défi du vieillissement de la population. Il a rappelé qu’en Chine, plus de 90 % des personnes âgées choisissent de vivre chez elles ou dans leur communauté. « Développer des robots domestiques d’assistance pour soutenir ce mode de vie n’est pas qu’une opportunité commerciale, mais aussi une responsabilité sociale », a-t-il insisté.

Comme l’a déclaré Wang Jian, membre du Comité national de la CCPPC et membre de l’Académie d’ingénierie de Chine, le but ultime de l’IA est de « réenchanter le quotidien ». Simplifier la complexité, intégrer des technologies sophistiquées dans des services discrets, voilà ce qui donne à la technologie son humanité.

Un robot humanoïde destiné à la production agricole au parc de l’IA de la Cité technologique du Zhongyuan, à Zhengzhou (Henan), le 8 mars 2026

Éviter le fossé technologique

Ces perspectives optimistes n’effacent pas pour autant l’ampleur des bouleversements à venir. L’IA, en frappant de plein fouet le travail intellectuel, a ravivé les débats sur la structure sociale et le destin des individus.

Zhang Yunquan observe ainsi une rupture historique : le vrai défi ne sera plus seulement de créer des richesses, mais de les répartir. « Quand l’IA deviendra la force productive dominante, comment éviter l’effet “ le gagnant rafle tout ” et garantir un partage des bénéfices de l’automatisation ? C’est la question sociale qui nous attend », a-t-il relevé.

Cette évolution macroéconomique finira par se répercuter sur chaque individu. Qi Xiangdong a avancé une thèse qui invite à la réflexion : le clivage décisif ne sera probablement plus entre l’homme et la machine, mais entre « ceux qui maîtrisent l’IA » et « ceux qui ne la maîtrisent pas ». Dès lors, quelle est la solution ? Les députés de l’APN et les membres du Comité national de la CCPPC se sont accordés à dire qu’il fallait passer de « l’angoisse de la substitution » à une « réflexion sur l’autonomisation par l’IA ».

Zhang Xiaolun, membre du Comité national de la CCPPC et président de China National Machinery Industry Corporation, a adopté une vision systémique en rappelant que des « éliminations localisées » sont nécessaires à une « valorisation globale ». Il a cité l’exemple de l’automobile, qui a remplacé les calèches et leurs cochers mais a créé bien plus d’emplois dans les transports. Selon lui, même si l’IA touche cette fois le travail intellectuel, la logique reste la même : le progrès technologique finit toujours par créer plus de valeur et d’emplois. « Chaque génération réinvente sa manière de travailler et le système social finit par retrouver un équilibre. »

Le point de vue de Ding Kuiling, académicien et président de l’Université Jiao Tong de Shanghai, est encore plus tranché : l’IA est avant tout un outil d’autonomisation, et non un substitut. La grande majorité des métiers ne disparaîtront pas, mais connaîtront une profonde transformation. Dans des domaines comme la justice ou la prise de décision, l’IA permettra aux professionnels de devenir des versions augmentées d’eux-mêmes.

Cela nous rappelle que l’adaptation proactive et l’apprentissage continu sont des passages obligés pour le développement personnel. Pour Lian Yuming, membre du Comité national de la CCPPC et président fondateur de l’Institut du développement urbain de Beijing, l’essentiel est d’aider les travailleurs à faire évoluer leurs compétences – maîtriser le changement plutôt que de le subir. C’est ce qu’il appelle le « transfert de valeur ».

Intégration et gouvernance partagée

En quête de solutions, députés de l’APN et membres du Comité national de la CCPPC ont convergé vers deux priorités : « intégration » et « gouvernance partagée ». Leur objectif commun est de promouvoir une intégration profonde de l’IA avec l’économie réelle.

« Le développement de l’IA n’est pas tiré par la technologie, mais par la demande et les scénarios d’application », a souligné Qi Xiangdong. Un avis partagé par les experts : sur cette voie, la Chine dispose d’atouts majeurs, notamment des données massives, des scénarios abondants et un système industriel complet. Les chiffres du ministère de l’Industrie et des Technologies de l’information parlent d’eux-mêmes : l’an dernier, le nombre de téléchargements de modèles d’IA open source a occupé le premier rang mondial ; l’IA a pénétré à plus de 30 % le secteur manufacturier ; plus de 300 modèles de robots humanoïdes ont été lancés. La logique est claire : l’IA n’est pas un concept abstrait, elle doit s’intégrer au réel pour résoudre des problèmes concrets.

Transformer ces atouts en succès exige une synergie entre l’innovation technologique et industrielle, la vitalité du marché et la vision politique. À cet égard, le Rapport d’activité du gouvernement de cette année propose pour la première fois d’« améliorer les mesures visant à adapter l’emploi et la création d’entreprise au développement de l’IA ». Ce signal indique que, tout en favorisant le développement technologique, il faut s’efforcer de fournir un filet de sécurité aux gens ordinaires, afin que personne ne reste sur le quai alors que s’élance le train de la modernité.

Parallèlement, la construction d’un système de gouvernance progresse. En matière de cybersécurité, de sécurité des données et de protection des informations personnelles, la Chine déploie un cadre juridique complet, posant les bases d’une « IA responsable ». Il est désormais consensuel, de l’État à l’industrie, que seules les technologies sûres, fiables et contrôlables sauront gagner la confiance du public.

L’engouement pour les nouveaux agents d’IA en témoigne : la société aspire à être libérée par la technologie, mais pas évincée par elle. Dans cette « course du siècle » – selon les mots de Qi Xiangdong – la patience est cruciale. L’objectif ultime demeure de faire de l’IA un partenaire qui aide chacun à franchir le fossé des compétences, à explorer son potentiel et à trouver sa place dans ce monde en mutation.

 

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