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Le champ des possibles

2026-03-31 16:39:00 Source: La Chine au présent Auteur: XIA YUANYUAN, membre de la rédaction
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La recherche et l’innovation de pointe réinventent les industries. 

Des visiteurs découvrent un ordinateur quantique supraconducteur durant la Conférence sur les sciences et l’industrie quantiques, à Hefei (Anhui), le 20 novembre 2025.

Les technologies quantiques, pilier stratégique des industries du futur de la Chine, progressent à une vitesse fulgurante. Elles s’imposent désormais comme un moteur essentiel pour une nouvelle vague de révolution technologique et de mutation industrielle.

Dans ce contexte, le physicien Ding Hong, membre de l’Académie des sciences de Chine et membre du Comité national de la Conférence consultative politique du peuple chinois (CCPPC), a accordé un entretien exclusif à La Chine au présent. Il a conduit son équipe vers la réalisation de percées de dimension internationale dans le domaine de l’informatique quantique topologique.

Une longue marche vers l’avenir

Le monde quantique obéit à des lois physiques radicalement différentes de celles de notre réalité macroscopique. Ses propriétés, telles que la superposition et l’intrication, recèlent un potentiel énorme pour les technologies de l’information. Cependant, la transposition des théories en applications concrètes est confrontée à des défis redoutables.

Actuellement, la communauté internationale se livre à une compétition acharnée sur plusieurs fronts technologiques. Malgré l’augmentation significative du nombre de qubits, toutes ces voies se heurtent à un défi commun : la décohérence quantique. D’une fragilité extrême, les qubits évoquent un château de sable érigé en pleine tempête. Ils sont particulièrement vulnérables aux erreurs causées par les interférences du bruit environnemental, tandis que les protocoles de correction s’avèrent aussi complexes que coûteux.

Face à ce défi fondamental, l’équipe de M. Ding a opté pour une approche plus exigeante mais potentiellement pérenne : l’informatique quantique topologique. Son principe repose sur sa tolérance aux erreurs. « Elle exploite les propriétés topologiques uniques de la matière pour encoder et protéger les informations quantiques, comme si l’on revêtait les qubits d’une armure solide, les rendant naturellement insensibles aux perturbations externes », explique-t-il.

Théoriquement, une fois créés, les qubits topologiques offriraient une stabilité sans précédent. Cependant, un fossé sépare encore l’idéal de la réalité. « À l’échelle mondiale, aucun qubit topologique véritablement stable et viable sur le plan informatique n’a encore été conçu. »

C’est précisément là que réside l’intérêt des travaux menés par M. Ding. Son équipe a établi un système physique figurant parmi les plus prometteurs pour la production de qubits topologiques stables et de haute qualité.

Cet effort acharné dans un domaine de pointe a également conduit M. Ding à repenser le modèle d’organisation de la recherche scientifique. Dans les secteurs comme l’informatique quantique, le schéma linéaire traditionnel « recherche fondamentale – application – industrialisation » n’est plus adapté. « Il s’agit plutôt d’un processus cyclique et évolutif », insiste-t-il. « Les défis techniques stimulent à leur tour les percées en sciences fondamentales, tandis que les impératifs de l’industrialisation redéfinissent l’orientation de la recherche. Dans ce domaine, les études les plus pointues se confondent avec les avancées les plus poussées en ingénierie. »

Un catalyseur pour l’innovation

Face aux défis monumentaux dans l’informatique quantique, un puissant accélérateur gagne rapidement du terrain : l’intelligence artificielle (IA). « J’avais déjà affirmé que le développement scientifique de la Chine allait inaugurer une décennie dorée. Il semble désormais que, sous l’impulsion de l’IA, cette dynamique s’accélère encore davantage. » Selon lui, l’essor fulgurant de l’IA constitue l’un des moteurs les plus puissants de l’évolution technologique mondiale.

En science quantique, le rôle catalyseur de l’IA est évident. « L’une des tâches essentielles réside dans la conception d’algorithmes quantiques performants. Les lois du monde quantique sont profondément contre-intuitives et l’esprit humain a du mal à les concevoir de manière intuitive. À l’inverse, l’IA, affranchie des biais cognitifs humains, possède des avantages pour explorer et concevoir de nouveaux algorithmes », explique-t-il.

L’essor technologique a également suscité des inquiétudes quant à d’éventuels usages abusifs. Sur ce point, le physicien adopte une perspective dialectique : « C’est un corollaire inévitable du progrès technologique, mais nous ne devons pas rester inertes par crainte des risques. » Il est convaincu que les dérives technologiques seront finalement régulées par la technologie elle-même, dont la contribution au progrès social surpasse largement les effets négatifs.

Il souligne enfin l’urgence de cette mutation. « Dans les industries traditionnelles, un retard d’une décennie laisse encore une chance de rattrapage. En revanche, dans des domaines comme l’IA et l’informatique quantique, où le développement est exponentiel, prendre du retard creuse rapidement un fossé abyssal, rendant tout comblement de cet écart extrêmement difficile. »

Un incubateur de talents

Qu’il s’agisse de l’informatique quantique ou de l’IA, l’un des piliers réside dans les talents, ainsi que l’écosystème innovant qui les nourrit.

Depuis son retour en Chine en 2008, M. Ding a remarqué des progrès remarquables dans la recherche scientifique du pays et a relevé que de nombreux laboratoires chinois disposent d’infrastructures de classe mondiale. Toutefois, certaines lacunes subsistent. « Dans la recherche théorique de pointe et la formation de chercheurs de haut niveau, nous restons en deçà des grandes puissances scientifiques. » Combler ce retard exige du temps, mais aussi un environnement stimulant capable d’attirer les hauts potentiels.

Il soutient qu’il est indispensable de cultiver des talents aux compétences interdisciplinaires, citant en exemple les fondateurs d’OpenAI : des experts techniques de premier plan doublés d’un sens aigu des affaires. Les systèmes éducatifs de demain doivent abolir les barrières disciplinaires. Grâce aux outils d’IA, les jeunes pourront maîtriser les connaissances de plusieurs secteurs en un temps record, devenant les « généralistes » de cette nouvelle ère.

La transformation technologique impose également de nouvelles structures organisationnelles. Selon M. Ding, la Chine doit d’urgence créer des consortiums d’innovation capables de décloisonner les universités, les instituts de recherche et les entreprises. « Il faut transformer les entreprises en salles de classe et faire des besoins concrets du marché les sujets d’étude des laboratoires, afin de sceller une union harmonieuse entre recherche de pointe et exploitation industrielle. »

De son point de vue, l’esprit scientifique n’est pas synonyme d’ascétisme. « La recherche scientifique est une entreprise extrêmement enrichissante et passionnante. » Il se réjouit de constater un nombre croissant de jeunes talents se consacrer à la science, contribuant à façonner un « âge d’or » sans précédent.

 

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