Le lac Poyang, le plus grand lac d'eau douce de Chine, est un site essentiel d'hivernage et de halte migratoire sur la voie migratoire Asie de l'Est-Australasie, l'une des neuf principales voies migratoires mondiales. Le district de Yugan se trouve sur ses rives. Lorsque la nourriture vient à manquer dans la région du lac, les oiseaux migrateurs viennent se nourrir dans les rizières.
"Une année, les dégâts ont été très importants. Nous avons essayé différentes méthodes pour les éloigner", se souvient M. Jiang. Au début, l'arrivée des oiseaux migrateurs entraînait d'importantes pertes de récoltes, tandis que la chasse était illégale, plaçant les villageois face à un dilemme.
Pour offrir un refuge sûr aux oiseaux migrateurs, les autorités locales ont alloué des fonds spéciaux afin d'aider les agriculteurs à mettre en jachère 1.000 mu (environ 66,7 hectares) de rizières afin de nourrir les oiseaux. Des compensations ont également été versées à ceux ayant subi des pertes de récoltes dans le cadre d'initiatives visant à résoudre le conflit entre l'homme et les oiseaux autour de la nourriture.
"Des cadres du gouvernement se sont rendus dans les foyers pour sensibiliser les habitants à cette politique et ont tenu leurs engagements. Notre famille a reçu plus de 200.000 yuans (environ 29.000 dollars) de subventions pour quelque 200 mu (environ 13,3 hectares) de rizières", indique le villageois Hu Xinghua.
Aujourd'hui, pendant la saison hivernale, cette région attire des milliers de grues de Sibérie.
"Les anciens chasseurs d'oiseaux sont devenus protecteurs, et la plupart sont des agriculteurs", souligne M. Jiang. "Je cultive plus de 100 mu (environ 6,7 hectares) de riz de qualité, qui se vend bien auprès des touristes venus observer les oiseaux. D'autres vendent des en-cas et des spécialités locales. Les revenus des habitants ont considérablement augmenté."
La région du lac Poyang est un véritable trésor de biodiversité, abritant des espèces importantes des zones humides, comme les oiseaux migrateurs, les marsouins du Yangtsé et les cerfs Milu. Ici, la protection de l'environnement n'est pas une contrainte, mais un nouveau modèle de développement. De la chasse à la protection des oiseaux, la préservation de la nature est devenue une action collective.
En 2021, le district de Yugan a créé le premier poste de police spécialement dédié à la protection écologique du lac Poyang.
"Autrefois, nous comptions sur des patrouilles motorisées et à pied pour couvrir la zone pas à pas. Aujourd'hui, grâce à l'installation de trois capteurs photoélectriques et de 13 points d'observation en hauteur, nous avons mis en place un système de détection et de guidage photoélectriques, qui joue un rôle crucial dans la protection de la faune sauvage", indique Zou Xinchang, chef du poste de police. Selon lui, la technologie a permis de construire un réseau de protection plus complet couvrant l'ensemble de la région.
"Les autorités locales ont si bien géré le lac Poyang que nous nous sentons très détendus et revigorés lorsque nous venons ici", déclare Mme Xu, une passionnée de photographie originaire de Shanghai.
L'écotourisme a également dynamisé l'économie locale, au bénéfice de nombreux villageois.
En 2023, Zhang Xiwen a ouvert un gîte rural dans un bourg de Yugan, à environ 20 minutes en voiture du site d'observation des oiseaux.
"Nous pouvons accueillir 70 à 80 touristes par jour. Pendant la haute saison d'observation des oiseaux, notre chiffre d'affaires quotidien peut atteindre 5.000 à 6.000 yuans (environ 735 à 882 dollars), soit le double du montant habituel", déclare M. Zhang. "Plus l'écologie est bonne, meilleure est la vie des gens", se réjouit-il.
Face au défi de la coexistence harmonieuse entre l'homme et la nature, le changement de mentalité des habitants locaux constitue une réponse efficace aux enjeux écologiques complexes et illustre le concept selon lequel "la nature vaut son pesant d'or".