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Sur les traces d'Ibn Battûta : Karim Mosta et les nouveaux chemins du dialogue entre les civilisations

2026-06-22 11:15:00 Source: Dialogue Chine-France Auteur: SONIA BRESSLER*
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Beijing a accueilli le 18 juin 2026 la cérémonie de lancement de l’édition chinoise de l’ouvrage Du Maroc à la Chine à vélo. Au-delà du récit d’un voyage exceptionnel, l’événement a mis en lumière une réflexion plus large sur les échanges culturels entre la Chine, le Maroc et le monde arabe, dans l’esprit des anciennes Routes de la Soie. 

À l’époque des vols intercontinentaux et des communications instantanées, il peut sembler paradoxal qu’un voyage à vélo suscite encore l’attention des diplomates, des éditeurs et des responsables culturels. Pourtant, c’est précisément ce qui s’est produit à Beijing lors de la cérémonie intitulée « Les Échos de la Route de la Soie : un nouveau dialogue entre les civilisations inspiré par un voyage à vélo », organisée autour de la publication chinoise de l’ouvrage Du Maroc à la Chine à vélo de Karim Mosta. 

L’événement, accueilli à l’InterContinental Beichen de Beijing, a réuni des représentants des milieux diplomatiques, universitaires et éditoriaux chinois et marocains. À travers le parcours singulier d’un homme ayant choisi de relier Casablanca à Beijing à vélo, c’est une réflexion plus vaste sur la rencontre des cultures et la permanence de l’esprit des Routes de la Soie qui a été mise en avant. 

Un voyage hors du commun 

L’histoire de Karim Mosta possède d’abord la force des aventures humaines authentiques. 

À l’âge où beaucoup envisagent le ralentissement ou la retraite, il décide d’entreprendre un voyage de plusieurs milliers de kilomètres reliant le Maroc à la Chine. Son objectif n’est pas de battre un record sportif ni de réaliser une performance médiatique. Son ambition est plus profonde : découvrir les peuples, traverser les frontières culturelles et renouer avec une tradition ancienne du voyage comme expérience de connaissance. 

Le choix du vélo n’est pas anodin. Il impose la lenteur, la proximité et l’attention aux territoires traversés. Là où les moyens de transport modernes tendent à effacer les distances, le vélo les restitue dans toute leur réalité géographique et humaine. 

Chaque étape devient ainsi une rencontre. Chaque frontière franchie devient l’occasion d’un dialogue. Chaque paysage rappelle la diversité des mondes qui composent l’espace eurasiatique. 

À travers ce voyage, Karim Mosta redonne une dimension humaine à des itinéraires qui furent pendant des siècles les grandes artères de circulation des marchandises, des idées et des savoirs. 

L’héritage vivant d’Ibn Battûta 

La portée symbolique du voyage apparaît encore plus clairement lorsqu’on le replace dans une perspective historique. 

Le Maroc est la terre natale d’Ibn Battûta, l’un des plus grands voyageurs de l’histoire mondiale. Né à Tanger au XIVe siècle, celui-ci parcourut près de 120 000 kilomètres à travers l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Asie centrale, l’Inde et la Chine. 

Son récit constitue aujourd’hui encore un témoignage exceptionnel de la circulation des hommes et des connaissances à l’époque médiévale. 

Bien entendu, Karim Mosta n’a jamais prétendu reproduire l’exploit historique d’Ibn Battûta. Mais son voyage s’inscrit dans une filiation intellectuelle et spirituelle comparable : celle de la curiosité envers l’autre et de la conviction que la connaissance passe par la rencontre directe. 

Sept siècles séparent les deux hommes. Pourtant, ils partagent une même intuition fondamentale : les civilisations ne se comprennent réellement qu’en acceptant de se découvrir mutuellement. 

Dans un contexte international souvent marqué par les incompréhensions et les tensions identitaires, cette démarche acquiert une résonance particulière. 

Quand un récit personnel devient un symbole collectif 

La cérémonie organisée à Beijing a montré que l’histoire de Karim Mosta dépasse désormais le cadre d’une aventure individuelle. 

Les interventions officielles ont donné à l’événement une dimension culturelle et diplomatique significative. 

Le discours inaugural de Zhang Yan, membre du Comité permanent du Comité provincial du Fujian du Parti communiste chinois et directeur du Département de l’information, a souligné l’importance des échanges culturels dans le prolongement contemporain de l’esprit des Routes de la Soie. 

La province du Fujian occupe à cet égard une place particulière dans l’histoire chinoise. Ouverte sur les échanges maritimes depuis des siècles, elle constitue l’un des points de départ historiques de la Route de la Soie maritime. 

L’intervention de l’ambassadeur du Royaume du Maroc en Chine, Abdelkader El Ansari, a quant à elle rappelé la profondeur des relations sino-marocaines et le rôle que peuvent jouer les initiatives culturelles dans le rapprochement des peuples. 

La présence simultanée de responsables politiques, de diplomates, de chercheurs et d’éditeurs témoigne du caractère transversal du projet. 

Le voyage de Karim Mosta apparaît ainsi comme un exemple concret de diplomatie culturelle portée par la société civile. 

Le livre comme instrument de dialogue 

La publication de l’ouvrage en langue chinoise constitue elle-même un événement significatif. 

La traduction d’un récit de voyage ne se limite jamais à un simple transfert linguistique. Elle permet à une expérience individuelle de devenir accessible à un nouveau public et de nourrir une compréhension réciproque entre les sociétés. 

Pour les lecteurs chinois, le livre offre le regard d’un voyageur marocain sur les territoires traversés jusqu’à la Chine. Pour les lecteurs marocains et arabes, il témoigne de la possibilité d’un dialogue direct avec la culture chinoise. 

Cette fonction de médiation culturelle a d’ailleurs été au cœur des échanges organisés lors de la cérémonie. 

La participation de chercheurs spécialisés dans les relations sino-arabes et la signature d’un accord de coopération dans le domaine du copyright avec la région arabe montrent que le projet s’inscrit dans une dynamique plus large de circulation des œuvres et des idées. 

Le livre devient ainsi un véritable pont intellectuel entre plusieurs espaces culturels. 

Une leçon pour notre temps 

L’intérêt suscité par l’aventure de Karim Mosta révèle peut-être quelque chose de plus profond sur notre époque. 

Nous vivons dans un monde hyperconnecté où l’information circule instantanément, mais où les connaissances réciproques demeurent souvent fragmentaires. Les technologies permettent de communiquer plus vite, mais pas nécessairement de mieux comprendre l’autre. 

Le succès de ce récit montre qu’il existe encore un besoin de rencontres authentiques et de récits capables de redonner un visage humain aux relations internationales. 

À travers son voyage, Karim Mosta rappelle que le dialogue entre les civilisations ne se construit pas uniquement dans les institutions ou les conférences diplomatiques. Il naît aussi de l’expérience vécue, de la curiosité intellectuelle et du désir de découvrir ce qui relie les peuples au-delà de leurs différences. 

En ce sens, son périple entre Casablanca et Beijing constitue bien davantage qu’une aventure personnelle. Il réactive un héritage ancien, celui des grands voyageurs qui ont contribué à faire circuler les savoirs entre les continents. 

À l’image d’Ibn Battûta autrefois, Karim Mosta nous rappelle que les routes les plus importantes ne sont pas seulement celles que l’on parcourt, mais celles que l’on ouvre entre les cultures. 

Dans un monde en quête de dialogue, son voyage apparaît finalement comme une métaphore contemporaine des Routes de la Soie : un chemin de rencontre, de compréhension et d’amitié entre les civilisations. 

*SONIA BRESSLER est philosophe et fondatrice de la Route de la Soie–Éditions. 

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