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Le plan quinquennal chinois : une boussole pour la France ?

2025-12-04 13:11:00 Source: La Chine au présent Auteur: JEAN PÉGOURET*
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Pour relever les défis du XXIe siècle, la France et la Chine doivent placer la coopération en matière de gouvernance au cœur de leur partenariat. 

Le stand des produits carnés français à la 8e Exposition internationale d’importation de la Chine (CIIE), à Shanghai, le 8 novembre 2025

Lors d’une émission sur BFM Business le 8 novembre 2025 consacrée à la préparation du 15e Plan quinquennal, les deux intervenants français s’accordaient pour affirmer que pour les entreprises françaises en Chine, ce plan quinquennal est la « boussole » qui guide leurs anticipations et leurs futurs investissements.

Ce sont les grandes orientations de ce plan qui permettent de discerner les nouvelles opportunités pour les relations économiques franco-chinoises. Ce plan, fruit d’un processus démocratique et participatif, ne se contente pas de tracer la voie du développement chinois pour les cinq prochaines années ; il représente l’aboutissement d’un système de gouvernance unique dont l’efficacité a permis la transformation spectaculaire de la Chine.

La coopération franco-chinoise pourrait franchir de nouvelles frontières, de la technologie à la gouvernance, en dépassant la recherche d’effets d’aubaine. Il s’agit d’adopter un regard sur « la méthode de la méthode », comme l’écrivait le philosophe Edgar Morin. Pourquoi ne pas réévaluer les bénéfices du plan quinquennal qui fait ses preuves en Chine ? D’autant plus que la France l’a déjà pratiqué avec succès pendant la période faste des « Trente Glorieuses », au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Le contexte et l’esprit du 15e Plan quinquennal

Les documents foisonnants produits à l’occasion de la 4e session plénière du 20e Comité central du Parti communiste chinois (PCC) méritent une synthèse permettant d’en extraire l’esprit et les objectifs, mais aussi d’analyser la méthode par laquelle la Chine conçoit et met en œuvre sa gouvernance.

Lors de l’introduction explicative à la préparation du 15e Plan, le secrétaire général du Comité central du PCC, Xi Jinping, a rappelé le rôle attendu de cet outil.

« Il faut planifier de manière systématique et organiser de façon stratégique le développement économique et social de notre pays durant cette période, et ce, conformément aux dispositions stratégiques globales en vue d’accomplir en deux étapes la transformation de la Chine en un grand pays socialiste moderne dans tous les domaines, objectif énoncé lors du XXe Congrès du Parti. »

En résumé, le 15e Plan s’inscrit dans le processus de progrès continu visant la modernisation socialiste de la Chine, dont l’essentiel doit être réalisé d’ici 2035.

Le secrétaire général Xi Jinping a exposé en détail comment le 15e Plan doit promouvoir le développement de qualité de l’économie chinoise à travers l’innovation scientifique, l’éducation, la recherche de l’indépendance technologique et les nouveaux systèmes énergétiques, numériques et écologiques.

Il a insisté sur le renforcement du circuit économique intérieur pour compenser la conjoncture extérieure. L’ouverture au monde n’est pas négligée pour autant, avec la sauvegarde du commerce multilatéral et une « coopération de haute qualité » dans le cadre de l’initiative « la Ceinture et la Route ».

Le secrétaire général Xi Jinping a abordé le volet social du 15e Plan par l’engagement à réfléchir du point de vue du peuple pour garantir le bien-être social.

Il a cité les objectifs sociaux à atteindre : plein emploi, répartition des revenus, système éducatif répondant aux attentes de la population, protection sociale renforcée, secteur immobilier, une Chine « saine », développement démographique et uniformisation des services publics de base.

Le rapport explicatif permet d’apprécier la succession des étapes du processus de préparation du 15e Plan, à la fois démocratique et participatif : enquêtes dans douze provinces, régions autonomes et municipalités par six équipes sur 35 questions d’importance majeure ; discussions entre économistes, scientifiques, représentants des échelons de base et membres de la direction du Parti ; consultations en ligne obtenant trois millions de commentaires débouchant sur 1 500 propositions.

Depuis le 1er Plan quinquennal en 1953, cet outil a systématiquement permis à la Chine de transformer son économie et sa société. Les plans quinquennaux ont été les architectes silencieux du miracle chinois, rendant possibles la modernisation accélérée des infrastructures, l’émergence de champions industriels, et l’élévation spectaculaire du niveau de vie de la population.

La nouvelle croissance est attendue des industries émergentes et d’avenir. Les moteurs de cette nouvelle croissance sont l’innovation, la recherche, les infrastructures et des pôles industriels – des domaines où la planification à long terme a montré sa supériorité. Le système de planification chinois allie vision stratégique et flexibilité opérationnelle, permettant à la fois de maintenir le cap sur les objectifs fondamentaux et de s’adapter aux nouvelles réalités mondiales.

Des touristes français dessinent la vue d’une vieille rue devant la Tour Yuewang à Shaoxing (Zhejiang), le 26 octobre 2025.

Chine-France : de la technologie à la gouvernance

Dans le cadre du 15e Plan quinquennal, la Chine et la France peuvent chercher à approfondir les opportunités de coopération dans les domaines définis comme des priorités, à savoir : l’informatique quantique, la biofabrication, l’hydrogène, la fusion, l’interface cerveau-ordinateur, l’intelligence artificielle et la 6G.

Je voudrais maintenant aborder un deuxième aspect, politique cette fois, d’une possible coopération franco-chinoise : celui de la gouvernance, dont la France pourrait grandement bénéficier aujourd’hui.

Pendant des décennies, la Chine a construit sa prospérité grâce à la politique d’ouverture et de réforme entamée dans les années 1980, ce qui lui a valu la qualification d’« atelier du monde ». Aujourd’hui, la Chine a dépassé de loin cette étiquette. Elle est devenue, à mes yeux, le « laboratoire des idées pour le monde », grâce à l’exemple de sa gouvernance.

C’est plus qu’un simple laboratoire : en 45 ans, la Chine a franchi avec succès les étapes de la recherche, du développement et de la production efficace dans la gouvernance de son économie et sa modernisation socialiste. Cette démarche pourrait bien inspirer la politique française.

En 1985, je rédigeais mon mémoire au Centre d’Étude de Programmes Économiques du ministère des Finances sur le thème du Plan quinquennal français. À cette époque, la France en était à son 9e Plan, dont l’origine remontait au Conseil de la Résistance à la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945. La France avait connu un développement remarquable pendant les « Trente Glorieuses » alors que son économie était encore pilotée par le Plan et avant qu’elle ne s’insère dans l’Europe de Bruxelles.

Le système français de planification indicative, brillamment théorisé et mis en œuvre par Jean Monnet, avait permis la reconstruction accélérée du pays puis son entrée dans la modernité industrielle. La méthode du Commissariat au Plan, fondée sur la concertation entre l’État, les partenaires sociaux et les experts, avait fait ses preuves. Cependant, contrairement à la Chine qui n’a jamais renoncé à cet outil stratégique, la France l’a progressivement démantelé sous la double influence de l’intégration européenne et de l’idéologie néolibérale.

La Chine a démontré qu’il est possible de réaliser une croissance planifiée et efficace, selon un processus mêlant concertation et démocratie, sous la direction d’un État fort au service du Peuple ayant pour objectif de bâtir une « belle Chine ».

Face aux défis contemporains, la France gagnerait à s’inspirer de cette expérience pour : rétablir une vision stratégique à long terme au-delà des cycles électoraux, développer une méthode de concertation systématique intégrant tous les acteurs, maintenir une cohérence politique sur la durée, allier planification indicative et mécanismes de marché et orienter l’innovation vers les défis structurants (transition écologique, souveraineté technologique).

L’obstacle principal n’est pas technique, mais culturel et politique : notre système actuel, fragmenté et court-termiste, résiste à cette approche. Pourtant, face aux défis du changement climatique, de la transition numérique et des nouvelles rivalités géoéconomiques, la planification stratégique redevient une nécessité.

Vers une nouvelle coopération de gouvernance

Au-delà des coopérations techniques, économiques et commerciales, la gouvernance devrait être le premier axe de partenariat franco-chinois. Une telle démarche poserait les bases d’un monde où la politique serait réellement au service du peuple et de la paix.

La France et la Chine, chacune avec leur histoire et leurs spécificités, pourraient co-construire un nouveau modèle de gouvernance adapté au XXIe siècle – un modèle qui saurait allier l’efficacité de la planification stratégique, la vitalité de la démocratie participative, et la responsabilité environnementale. Le dialogue entre nos deux civilisations pourrait ainsi donner naissance à une nouvelle approche du développement économique et social, profitable à l’humanité tout entière.

Les défis contemporains – changement climatique, crises sanitaires, transition technologique – exigent plus que jamais cette capacité à penser et agir sur le long terme. C’est une qualité que la Chine a su préserver et que la France aurait tort d’oublier. Le renouveau de la planification, enrichie de nos expériences respectives, pourrait être l’un des grands chantiers intellectuels et politiques des décennies à venir.

La réintroduction d’une planification quinquennale en France, même sous une forme modernisée et indicative, nécessiterait des adaptations profondes aux niveaux constitutionnel, institutionnel et culturel.

Sur le plan politique, l’efficacité d’un plan quinquennal repose sur la stabilité. Il doit être conçu pour dépasser le cycle politique et les aléas parlementaires fréquents. Pour garantir cette pérennité, le plan doit posséder une force juridique supérieure à celle d’une simple loi de programmation, afin qu’il ne puisse pas être aisément remis en cause.

 

*JEAN PÉGOURET est sinologue et géopolitologue français, président de Saphir Eurasia Promotion.

 

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