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La Chine à l’épreuve des faits

2025-12-30 16:32:00 Source: La Chine au présent Auteur: HUGO MARTIN*
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Un jeune Européen explore le dynamisme chinois et appelle à une réflexion critique sur les relations sino-européennes. 

Un étranger utilise le paiement mobile pour acheter des produits culturels et créatifs au musée de Shouxian à Huainan (Anhui), le 5 septembre 2025. 

Ce n’est pas la première fois que je foule le sol chinois. Mon premier voyage remonte à 2018, lors d’un voyage en famille pour renouer avec nos racines. À cette époque, absorbé par mes études, j’ignorais tout ou presque de l’histoire et du paysage moderne de la Chine.

Après avoir passé une semaine à Hangzhou (Zhejiang) et à Beijing dans le cadre du Dialogue des jeunesses Chine-Europe 2025, les impressions et les découvertes affluent. S’il est difficile d’en désigner une comme la plus marquante, je retiens sans conteste l’omniprésence de la numérisation.

Entre tradition et modernité

J’avais déjà entendu des anecdotes de la part de proches ayant émigré en Chine. Ils m’avaient expliqué qu’en Europe, le paiement par carte était moderne et l’argent liquide démodé, tandis qu’en Chine, payer par téléphone était la norme et payer par carte paraissait obsolète. Constater par moi-même la simplicité avec laquelle un étranger peut désormais lier sa carte bancaire à une application et plonger dans cet univers du paiement mobile fut une véritable révélation. J’ai vu mes collègues européens s’émerveiller de cette commodité déconcertante.

À Hangzhou, au-delà des transactions, j’ai perçu une ouverture d’esprit frappante. Les habitants n’hésitaient pas à venir vers nous pour prendre des photos, partageant ces moments sur les réseaux sociaux. Pour moi, cela témoigne de la volonté des Chinois d’échanger directement avec le monde : si la barrière de la langue subsiste, la technologie agit comme un pont puissant, contribuant à combler ce fossé.

Par ailleurs, le mélange visuellement distinctif d’éléments architecturaux contemporains et traditionnels résume, à mes yeux, l’approche actuelle de la Chine : s’ouvrir et se moderniser tout en restant profondément ancrée dans ses intérêts et sa culture.

Les participants à la 5e session de formation thématique de jeunes leaders européens visitent la zone de développement de haute technologie du lac de l’Est de Wuhan (Hubei), connue également sous le nom de « Vallée optique ».

Les relations complexes Chine-Europe

L’Union européenne (UE) définit la Chine comme « un partenaire, un concurrent et un rival systémique ». Cette classification, si elle se veut intuitive, mérite une réflexion critique, surtout à la suite de mon séjour en Chine. Je suis convaincu que certaines perceptions courantes de la Chine en Europe restent profondément influencées par les récits médiatiques, ce qui fausse la compréhension des réalités de ce pays.

Après 1978, l’ouverture de la Chine a été interprétée par notre système éducatif et nos médias comme une simple « réforme du marché », alimentant la thèse selon laquelle la Chine finirait par adopter le modèle politique et économique occidental. Avec le recul, cette interprétation s’avère manifestement trop simpliste. Tout au long de son ouverture, la Chine a conservé la maîtrise de sa propre voie de développement. Certains observateurs occidentaux ont, un temps, fait l’erreur de cantonner la Chine au rôle d’« usine du monde » – une sous-estimation flagrante. Aujourd’hui, le pays trace une voie économique distincte de celle de nombreux pays en développement et de celle suivie par l’Europe d’après-guerre.

En même temps, j’ai observé une tendance inquiétante. Désireux de maintenir leur leadership mondial, les États-Unis adoptent parfois des politiques qui exercent une pression sur leurs alliés européens. Or, face à cela, certains décideurs politiques européens semblent figés dans la volonté de préserver le cadre traditionnel d’alliance transatlantique. Peut-être y voient-ils le choix le plus prudent, un moyen de conserver leur influence et leur position. Cependant, il convient de se demander si ce choix correspond aux intérêts à long terme de la population européenne.

Lorsque les priorités des décideurs politiques s’éloignent du bien-être des citoyens, la méfiance sociale s’accentue. Cette déconnexion pourrait bien être l’une des raisons majeures de la montée du populisme en Europe ces dernières années.

L’étiquette de « rival systémique » reflète avant tout les calculs géostratégiques de Washington. En l’adoptant sans nuance, l’Europe n’a peut-être pas suffisamment mesuré les implications de cette posture pour son autonomie stratégique et pour la défense de ses propres intérêts souverains.

Hugo Martin prend la parole au cours du Dialogue des jeunesses Chine-Europe 2025

Le rôle de la jeune génération

C’est dans ce contexte que le point de vue des pays d’Europe centrale et orientale (PECO) prend tout son sens. En tant que région aspirant à la prospérité économique, de nombreux PECO ont tout intérêt à intensifier leur dynamique commerciale avec la Chine. Si le développement d’infrastructures telles que le chemin de fer Budapest-Belgrade-Skopje-Athènes parvient à doper l’économie régionale, cela prouverait au reste de l’Europe qu’une coopération avec la Chine peut être véritablement gagnant-gagnant. Ce succès concret pourrait alors ouvrir de nouvelles perspectives à la politique étrangère et commerciale de l’UE.

Ceci m’amène naturellement au rôle de notre génération. Il existe, selon moi, une idée fausse majeure : les jeunes Européens et Chinois tendent souvent à croire que les défis auxquels nous sommes confrontés sont radicalement différents. En réalité, nous faisons face aux mêmes problèmes fondamentaux : se nourrir, se loger, exercer un métier qui a du sens, fonder une famille et assurer l’éducation. Les plateformes comme le Dialogue des jeunesses Chine-Europe constituent une forme essentielle de diplomatie parallèle, permettant aux jeunes d’Europe et de Chine de mieux se connaître.

Selon moi, nos responsabilités actuelles s’articulent autour de trois piliers. Le premier est le plaidoyer économique, qui consiste à s’engager en faveur de politiques commerciales plus ouvertes et équilibrées dans nos propres pays. Le second est le partage de l’expérience, c’est-à-dire diffuser nos observations, nos réflexions et notre compréhension de la Chine par des récits, des conversations, des images et des vidéos. Seul un dialogue sincère permettra à davantage de personnes de percevoir les réalités complexes des relations sino-européennes et leur immense potentiel. Enfin, le troisième pilier est l’apprentissage continu, ce qui implique de maîtriser la langue chinoise, de se tenir informé du développement socio-économique de la Chine et de bien comprendre les enjeux de l’interaction entre l’Europe et la Chine.

Dans le monde actuel, les grands récits idéologiques peuvent parfois étouffer la logique factuelle. Mais, comme l’a dit l’éducateur américain John Erskine, nous avons « l’obligation morale d’être intelligents ». C’est cette intelligence qui nous permettra de dépasser les peurs et les préjugés pour avancer vers un avenir véritablement partagé.

 

*HUGO MARTIN est chercheur invité à l’Institut du Danube.

 

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